# Découvrir Grand Central Terminal : un chef-d’œuvre d’architecture et de vie urbaine
Au cœur de Manhattan, sur la 42nd Street, se dresse l’un des monuments les plus emblématiques de New York : Grand Central Terminal. Cette gare ferroviaire incarne bien plus qu’un simple point de transit pour les voyageurs. Elle représente un témoignage vivant de l’âge d’or architectural américain, un carrefour quotidien pour trois quarts de million de personnes, et une destination touristique incontournable qui fascine autant par sa grandeur monumentale que par ses secrets bien gardés.
Depuis son inauguration en 1913, ce terminal ferroviaire a survécu aux transformations urbaines radicales, aux menaces de démolition, et aux évolutions technologiques qui ont façonné le visage de New York au cours du siècle dernier. Aujourd’hui, Grand Central Terminal se présente comme une cathédrale du mouvement perpétuel, où l’excellence architecturale rencontre l’innovation technique, et où chaque détail raconte une histoire fascinante de l’Amérique moderne.
L’architecture Beaux-Arts de grand central terminal : reed & stem et warren & wetmore
La conception architecturale de Grand Central Terminal résulte d’une collaboration complexe entre deux cabinets d’architecture new-yorkais : Reed & Stem, ainsi que Warren & Wetmore. Cette association, bien que marquée par des tensions professionnelles, a donné naissance à l’un des chefs-d’œuvre architecturaux les plus accomplis du mouvement Beaux-Arts aux États-Unis. Le style Beaux-Arts, caractérisé par sa symétrie rigoureuse, ses références classiques et son opulence décorative, trouve dans ce terminal une expression magistrale adaptée aux besoins d’une métropole moderne en pleine expansion.
L’ingénieur William J. Wilgus joua un rôle déterminant dans la conception globale du projet. Sa vision dépassait largement celle d’une simple gare : il imaginait une « Terminal City », une ville dans la ville, intégrant commerces, hôtels et bureaux dans un ensemble urbain cohérent. Cette approche révolutionnaire pour l’époque anticipait les principes du développement urbain intégré qui ne se généralisera que plusieurs décennies plus tard.
La façade monumentale et la sculpture glory of commerce de Jules-Alexis coutan
La façade principale de Grand Central Terminal, donnant sur Park Avenue, interrompt spectaculairement la perspective de cette artère prestigieuse. Au sommet de cette façade trône la sculpture monumentale Glory of Commerce, réalisée par le sculpteur français Jules-Alexis Coutan. Cette œuvre représente Mercure, dieu romain du commerce et des voyages, entouré d’Hercule et de Minerve, symbolisant respectivement la force morale et l’ingéniosité mentale nécessaires au progrès commercial.
Au centre de la composition, vous découvrirez une horloge Tiffany de dimensions spectaculaires, mesurant plus de 4 mètres de diamètre. Les trois figures allégoriques en pierre calcaire de l’Indiana dominent l’entrée principale, créant une impression de majesté qui annonce la grandeur des espaces intérieurs. Cette sculpture, restaurée en profondeur dans les années 1990, témoigne du savoir-faire exceptionnel des artisans européens qui contribuèrent à l’édification de ce monument américain.
La structure en acier et les innovations techniques de la construction 1903-1913
La construction de Grand Central Terminal, étalée sur dix années entre 1903 et 1913, représenta un défi technique sans précédent. Le chantier nécessita l’excavation de millions de mètres cubes de terre et de roche, tout en maintenant le service ferroviaire sur l’ancien site. L
es ingénieurs mirent en œuvre une ossature en acier totalement innovante pour l’époque, capable de supporter à la fois le trafic ferroviaire souterrain et les imposants volumes du terminal en surface. Cette structure métallique, comparable au squelette invisible d’un gratte-ciel, permit de dégager de vastes espaces intérieurs sans recourir à une forêt de colonnes. Elle autorisa également la création de toitures plus légères, laissant pénétrer la lumière naturelle par les immenses baies vitrées en arche.
Parallèlement, le sous-sol de Park Avenue fut entièrement reconfiguré pour accueillir un réseau à deux niveaux, nécessitant une précision millimétrée dans l’alignement des voies. L’usage massif du béton armé, encore relativement nouveau dans la construction monumentale, renforça la stabilité de l’ensemble et réduisit les vibrations causées par le passage constant des trains. Vous marchez ainsi, sans toujours en avoir conscience, au-dessus d’un véritable millefeuille d’infrastructures où chaque couche a été pensée pour optimiser le flux des voyageurs et des convois.
Le hall principal et sa voûte céleste inspirée du zodiaque médiéval
En pénétrant dans le Main Concourse, le hall principal de Grand Central Terminal, vous découvrez l’un des espaces intérieurs les plus photographiés de New York. Long de 114 mètres, large de 36 mètres et haut de près de 38 mètres, ce volume monumental évoque autant une cathédrale qu’une gare. La lumière filtrant par les trois immenses fenêtres en arche, orientées vers l’est et l’ouest, crée un jeu d’ombres et de reflets qui change au fil de la journée, offrant aux photographes des scènes toujours renouvelées.
La véritable vedette du hall reste cependant la voûte céleste, peinte par l’artiste français Paul César Helleu en 1912. Inspirée des manuscrits médiévaux et des cartes stellaires anciennes, cette fresque représente les constellations du zodiaque vues depuis le bord de la Méditerranée en hiver. Plus de 2500 étoiles ponctuent ce ciel bleu-vert, dont 59 sont aujourd’hui éclairées par des LED, offrant un scintillement discret qui accentue l’atmosphère presque sacrée du lieu. Détail fascinant : le ciel a été peint à l’envers, comme si l’on observait les constellations depuis l’extérieur de la sphère céleste, une « erreur » qui fait désormais partie du charme du terminal.
Lors de la grande restauration des années 1990, les équipes de conservation ont mis au jour l’ampleur de la pollution accumulée sur cette voûte céleste : une épaisse couche de goudron, de fumée et de nicotine masquait totalement la finesse du dessin. Une petite surface, volontairement laissée intacte près d’un angle, témoigne aujourd’hui de cet état originel. En levant les yeux, vous pouvez ainsi comparer le passé et le présent de Grand Central Terminal et mesurer tout le travail nécessaire pour redonner à ce chef-d’œuvre son éclat d’origine.
Les rampes en pierre de botticino et les balustrades ornementales
Si le regard est naturellement attiré vers le plafond, il ne faut pas oublier d’observer ce qui se passe à hauteur d’homme. Les rampes monumentales en pierre de Botticino, un marbre italien beige aux veines délicates, forment des courbes harmonieuses qui guident le flux des voyageurs entre les différents niveaux. Ces rampes, tout comme les grands escaliers, sont typiques du style Beaux-Arts : elles orchestrent les mouvements de la foule avec une élégance quasi théâtrale, comme si chaque déplacement était une entrée en scène.
Les balustrades ornementales, mêlant pierre, bronze et ferronneries finement travaillées, ajoutent à cette impression de luxe discret. Observez les détails : motifs floraux stylisés, volutes classiques, blasons et monogrammes rappellent l’identité ferroviaire du lieu et la puissance de la famille Vanderbilt, qui finança une grande partie du projet. Ces éléments décoratifs ne sont pas seulement esthétiques, ils servent aussi de repères dans un espace immense, aidant inconsciemment les visiteurs à s’orienter.
Pour apprécier pleinement cette architecture, prenez quelques minutes pour monter sur les balcons qui surplombent le Main Concourse. Depuis ces points de vue, vous verrez comment les rampes en pierre de Botticino dessinent de véritables rivières minérales, canalisant les flux de passagers. C’est l’une des clés du succès de Grand Central Terminal : avoir su transformer un problème logistique – faire circuler des milliers de personnes en simultané – en une expérience spatiale harmonieuse et mémorable.
Le système ferroviaire souterrain à deux niveaux de park avenue
Les 44 quais et 67 voies sur infrastructure superposée
En dessous du marbre et des dorures de Grand Central Terminal se cache une machine ferroviaire d’une complexité impressionnante. Le terminal compte aujourd’hui 44 quais et 67 voies, répartis sur deux niveaux entièrement souterrains. Ce dispositif en « sandwich » fut une véritable révolution à l’époque : il permit d’augmenter radicalement la capacité de la gare sans empiéter davantage sur le tissu urbain en surface.
Le niveau supérieur accueille principalement les trains de banlieue et les services les plus fréquentés, tandis que le niveau inférieur absorbe une partie du trafic aux heures de pointe et certains trains express. Cette superposition des voies rappelle un échangeur autoroutier vertical, où chaque niveau a son rôle précis pour fluidifier le trafic. Résultat : près de 750 000 personnes transitent chaque jour par Grand Central Terminal, faisant de cette gare l’une des plus actives du monde, sans que l’on perçoive réellement le tumulte ferroviaire depuis le hall principal.
Pour les passionnés d’ingénierie, ce système à deux niveaux offre un exemple spectaculaire d’optimisation de l’espace en milieu urbain dense. Il a aussi permis, dès le début du XXe siècle, de libérer la surface de Park Avenue des voies à ciel ouvert, ouvrant la voie à la création d’avenues, de places et d’immeubles de prestige. En d’autres termes, Grand Central Terminal n’a pas seulement changé la manière de voyager, il a profondément remodelé le visage de Midtown Manhattan.
La technologie de traction électrique remplaçant les locomotives à vapeur
Si vous vous demandez comment une telle densité de trafic peut coexister avec un environnement intérieur aussi soigné, la réponse se trouve dans un choix technologique majeur : le passage à la traction électrique. Après l’accident tragique de 1902 impliquant deux trains à vapeur, la décision fut prise de bannir progressivement la vapeur au profit de locomotives électriques. Ce changement, spectaculaire pour l’époque, permit de supprimer la fumée, la suie et le risque d’asphyxie dans les tunnels fermés sous Park Avenue.
Imaginez un instant Grand Central Terminal remplie de locomotives à vapeur soufflant leurs panaches noirs sous le cœur de Manhattan : l’air serait rapidement devenu irrespirable. L’électrification du réseau, couplée à la signalisation moderne, a au contraire rendu possible un trafic plus dense, plus rapide et plus sûr. C’est un peu comme passer d’un moteur à carburant aux véhicules électriques dans nos villes actuelles : la technologie ferroviaire de Grand Central fut en avance de plusieurs décennies sur son temps.
Aujourd’hui, les trains de la Metro-North Railroad utilisent toujours cette infrastructure électrique, modernisée avec des systèmes de contrôle automatisé et des équipements de sécurité à la pointe. Pour vous, voyageur ou visiteur, cela se traduit par une expérience étonnamment silencieuse et propre, même en plein cœur de l’un des plus grands nœuds ferroviaires des États-Unis. Un exploit rendu possible par cette rupture technologique initiée au début du XXe siècle.
Le réseau de tunnels et les connexions avec Metro-North railroad
Le système de tunnels qui s’étend sous Grand Central Terminal et Park Avenue ressemble à un véritable réseau sanguin alimentant tout le nord de la région métropolitaine de New York. Les trains de la Metro-North Railroad relient ici Manhattan aux comtés de Westchester, Putnam, Dutchess ainsi qu’au Connecticut, avec des centaines de départs quotidiens. Chaque tunnel, chaque bifurcation a été pensé pour minimiser les conflits de circulation et permettre aux convois de se succéder à quelques minutes d’intervalle.
En surface, cette complexité se traduit par une grande simplicité pour vous : vous descendez de votre train, remontez vers le Main Concourse et pouvez rejoindre directement le métro new-yorkais (lignes 4, 5, 6, 7 et S), les bus ou les rues de Midtown. Ce maillage souterrain fait de Grand Central Terminal l’un des hubs les plus efficaces de New York pour combiner train de banlieue et transports urbains. C’est ce qui en fait, au quotidien, un outil indispensable de la vie new-yorkaise autant qu’une attraction touristique.
Avec l’extension East Side Access, récemment mise en service pour connecter la Long Island Rail Road au secteur Est de Manhattan, l’écosystème ferroviaire souterrain autour de Grand Central s’est encore enrichi. Même si cette nouvelle infrastructure dispose de son propre terminal, elle s’inscrit dans la même logique de nœud multimodal dense sous Park Avenue. Pour les urbanistes comme pour les voyageurs curieux, l’ensemble forme un laboratoire fascinant de mobilité moderne, comparable à un gigantesque cerveau logistique travaillant en continu sous vos pieds.
Les espaces commerciaux et la transformation du dining concourse
Le grand central market et les commerces de restauration gastronomique
Au-delà de sa fonction de transport, Grand Central Terminal s’affirme aujourd’hui comme un véritable centre de vie, grâce à ses espaces commerciaux et gastronomiques. Le Grand Central Market, situé au niveau inférieur, s’étend sur près de 120 mètres et réunit une sélection de marchands triés sur le volet. Vous y trouverez des produits frais, des fromages affinés, des charcuteries artisanales, des épices rares, des pâtisseries et chocolats haut de gamme : une halle gourmande au cœur de Manhattan.
Pour un voyageur pressé comme pour un fin gourmet, le marché propose de quoi composer un pique-nique urbain ou ramener quelques souvenirs culinaires. Les stands de poisson frais, les comptoirs de boulangerie et les épiceries fines reflètent la diversité gastronomique de New York. C’est aussi l’endroit idéal pour sentir le rythme quotidien de la ville : employés de bureaux, navetteurs, touristes et habitants du quartier s’y croisent dans un ballet continu, panier à la main.
Autour du Grand Central Market, une myriade de restaurants et de comptoirs de restauration rapide ou qualitative composent l’offre du Dining Concourse. Des enseignes emblématiques comme Shake Shack côtoient des adresses plus intimistes, spécialisées dans les spécialités asiatiques, les pizzas ou la cuisine végétarienne. Vous cherchez où manger à Grand Central Terminal sans perdre de temps et sans sacrifier la qualité ? Descendre au Dining Concourse est souvent la meilleure option.
L’oyster bar & restaurant et son architecture à voûtes guastavino
Parmi les adresses les plus mythiques de Grand Central Terminal, l’Oyster Bar & Restaurant occupe une place à part. Ouvert en 1913, le même jour que le terminal lui-même, ce restaurant de fruits de mer est célèbre pour ses huîtres, ses chowders et ses plateaux de fruits de mer abondants. S’y attabler, c’est un peu comme remonter le temps et partager un moment avec les voyageurs élégants du début du XXe siècle.
L’Oyster Bar est aussi un joyau architectural grâce aux voûtes en tuiles de style catalan conçues par l’architecte espagnol Rafael Guastavino. Ces voûtes en brique, basées sur un système de fines tuiles assemblées en arcs imbriqués, offrent à la fois une résistance structurelle remarquable et une acoustique singulière. Elles dessinent au-dessus des tables une succession de motifs géométriques qui jouent avec la lumière des suspensions et la chaleur des boiseries.
La fameuse Whispering Gallery, située juste à l’extérieur de l’Oyster Bar, doit en partie son effet acoustique à ce système de voûtes Guastavino. Quand vous chuchotez dans un coin et que votre voix est portée de l’autre côté, vous expérimentez concrètement comment l’architecture peut modifier la perception du son. Prendre un repas à l’Oyster Bar ou simplement y passer pour observer les plafonds, c’est ainsi découvrir un autre visage de Grand Central Terminal, entre art culinaire et prouesse technique.
Apple store et les enseignes premium dans le vanderbilt hall
Sur les balcons est et nord-est du Main Concourse, un autre symbole de la modernité a trouvé sa place : l’Apple Store de Grand Central. Ouvert en 2011, il se distingue par son intégration discrète dans l’architecture historique. Pas de vitrines agressives ni de néons envahissants : les tables minimalistes et les appareils high-tech semblent flotter dans l’espace, laissant intactes les vues sur la voûte céleste et les grandes fenêtres en arche.
Depuis ce balcon, vous bénéficiez d’un point de vue exceptionnel sur le hall principal et la fameuse horloge à quatre faces. C’est l’un des meilleurs spots pour réaliser des photos panoramiques, capturant à la fois le flux incessant des voyageurs et la majesté du décor Beaux-Arts. L’Apple Store illustre parfaitement la capacité de Grand Central Terminal à accueillir les marqueurs de la culture numérique sans renier son patrimoine centenaire.
À proximité, dans le Vanderbilt Hall et les galeries attenantes, des enseignes premium et des boutiques de luxe occupent les anciens espaces d’attente et de circulation. Ce hall, autrefois salle d’attente réservée aux voyageurs de première classe, accueille désormais expositions, marchés temporaires (notamment le marché de Noël en hiver) et événements culturels. Vous y trouverez également quelques adresses haut de gamme pour un verre ou un repas plus raffiné, prolongeant l’expérience de Grand Central Terminal au-delà du simple passage éclair.
La restauration monumentale de 1998 par beyer blinder belle architects
Le nettoyage de la voûte céleste et la redécouverte des constellations dorées
À la fin du XXe siècle, Grand Central Terminal avait perdu une grande partie de son lustre. Les décennies de pollution, de fumée de cigarette et de manque d’entretien avaient terni marbres, métaux et peintures. C’est dans ce contexte qu’intervint, à partir de 1998, une vaste campagne de restauration pilotée par l’agence Beyer Blinder Belle Architects, spécialisée dans la conservation du patrimoine historique.
Le chantier le plus spectaculaire concerna la voûte céleste du Main Concourse. Les restaurateurs durent d’abord analyser la composition des couches de saleté et des anciens vernis pour déterminer la méthode la plus douce possible. Centimètre par centimètre, ils nettoyèrent la surface, révélant les teintes bleutées d’origine du ciel et les fines lignes dorées des constellations. Le résultat fut si frappant que de nombreux New-Yorkais découvrirent pour la première fois l’ampleur réelle de cette œuvre, pourtant présente au-dessus de leurs têtes depuis des décennies.
Pour conserver la mémoire de cette métamorphose, une petite surface noire fut volontairement laissée non nettoyée dans un coin du plafond. En la cherchant du regard, vous saisirez concrètement l’impact de la restauration : c’est un peu comme comparer une photographie jaunie à son tirage restauré en haute résolution. Cette initiative rappelle aussi que la préservation d’un monument comme Grand Central Terminal n’est jamais acquise et nécessite des investissements réguliers pour résister au temps et à l’usage intensif.
La polémique architecturale jackie kennedy onassis et la préservation patrimoniale
Si Grand Central Terminal existe encore aujourd’hui dans toute sa splendeur, c’est en grande partie grâce à un combat emblématique pour la préservation du patrimoine. Dans les années 1960, après la démolition de la majestueuse Penn Station, le propriétaire de Grand Central envisagea de surmonter la gare d’une tour de bureaux moderne, impliquant une transformation radicale du bâtiment. Ce projet suscita une levée de boucliers parmi les défenseurs de l’architecture historique.
Parmi eux, une figure se distingua : Jackie Kennedy Onassis. L’ancienne Première dame s’engagea publiquement pour sauver Grand Central Terminal, multipliant les interventions médiatiques et soutenant les actions en justice menées par la Municipal Art Society. Elle souligna que détruire ou mutiler ce monument reviendrait à effacer une partie de l’âme de New York, comme si l’on décidait de remplacer la cathédrale Notre-Dame par un immeuble de bureaux.
En 1978, la Cour suprême des États-Unis donna finalement raison aux défenseurs du terminal, confirmant le droit de la ville à protéger les bâtiments historiques au titre du patrimoine. Cette décision fit jurisprudence et constitua un tournant pour les politiques de conservation urbaine à travers le pays. Aujourd’hui, lorsque vous admirez l’horloge Tiffany ou la voûte céleste, vous profitez aussi du succès de ce combat emblématique pour la sauvegarde d’un lieu devenu intouchable dans le cœur des New-Yorkais.
L’installation du grand escalier est inspiré de l’opéra garnier
La campagne de restauration des années 1990 ne se limita pas à redonner son éclat au bâtiment, elle permit aussi de compléter certaines intentions architecturales d’origine. L’ajout le plus visible est sans doute le grand escalier Est, installé dans le Main Concourse. Inspiré du célèbre escalier de l’Opéra Garnier à Paris, il vient symétriser l’escalier Ouest déjà présent, renforçant la composition Beaux-Arts du hall.
Construit en pierre de Botticino pour s’harmoniser avec les matériaux existants, cet escalier offre de nouveaux points de vue sur le hall principal et facilite la circulation entre les différents niveaux. Il permet également d’accueillir davantage de flux aux heures de pointe, sans rompre l’esthétique globale du lieu. Pour les photographes comme pour les simples flâneurs, c’est un balcon supplémentaire d’où observer le spectacle permanent des voyageurs pressés et des touristes émerveillés.
Ce choix illustre une approche intelligente de la restauration : plutôt que de figer Grand Central Terminal dans un passé muséifié, les architectes ont préféré poursuivre l’esprit du projet initial. En ajoutant un escalier que les concepteurs de l’époque auraient pu imaginer, ils montrent qu’un monument vivant peut continuer à évoluer tout en respectant son identité. Une leçon inspirante pour toutes les villes confrontées à la question de la modernisation de leur patrimoine.
Les secrets cachés : whispering gallery et campbell apartment
Grand Central Terminal ne se résume pas à ses grands volumes et à ses façades monumentales. Une partie de son charme tient à la multitude de secrets, de coins cachés et de curiosités insolites qu’il recèle. Parmi eux, la Whispering Gallery et le Campbell Apartment comptent sans doute parmi les plus fascinants. Avez-vous déjà imaginé murmurer dans une gare bondée et être entendu parfaitement à plusieurs mètres de distance ?
La Whispering Gallery, située près de l’Oyster Bar, est formée par quatre arcs de voûtes qui se rejoignent en croix. Si vous vous placez dans un angle et que vous chuchotez face au mur, une personne postée à l’angle opposé percevra distinctement vos paroles, malgré le brouhaha ambiant. Ce phénomène est dû à la manière dont les voûtes Guastavino conduisent le son le long de la courbe, comme un train suivant fidèlement les rails. C’est une expérience ludique à tester en couple, en famille ou entre amis lors de votre visite.
À l’étage, un autre lieu raconte une histoire très différente : le Campbell Apartment. À l’origine, il s’agissait du bureau privé de John W. Campbell, financier influent et proche des Vanderbilt, qui l’avait aménagé comme un salon inspiré des palais italiens. Plafonds peints, boiseries sculptées, cheminée monumentale : l’endroit évoquait davantage une salle d’apparat qu’un simple bureau. Transformé en bar dans les années 1990, il a conservé cette atmosphère feutrée, parfaite pour un cocktail en fin de journée, loin de l’agitation du hall principal.
En prenant le temps de découvrir ces espaces plus intimes, vous percevez une autre facette de Grand Central Terminal : celle d’un lieu où se mêlent vie quotidienne, luxe discret et anecdotes secrètes. Ajoutez à cela la présence d’un court de tennis niché dans les étages supérieurs ou encore la mystérieuse voie 61 reliée autrefois à l’hôtel Waldorf Astoria, et vous obtenez une véritable « ville cachée » au cœur de Manhattan. C’est ce mélange de public et de confidentiel qui rend chaque visite différente et nourrit les légendes urbaines autour de la gare.
Grand central terminal dans la culture new-yorkaise et cinématographique
Au fil des décennies, Grand Central Terminal est devenue bien plus qu’une simple gare : c’est une icône de la culture new-yorkaise, au même titre que Central Park, le Brooklyn Bridge ou Times Square. Les New-Yorkais la considèrent comme un repère affectif, un point de rendez-vous naturel au pied de l’horloge à quatre faces, un décor familier de leur quotidien. Pour beaucoup d’habitants du nord de la métropole, c’est aussi la première image de Manhattan chaque matin et la dernière chaque soir, marquant symboliquement la frontière entre ville et banlieue.
Cette dimension symbolique explique en grande partie pourquoi Grand Central Terminal est si souvent choisie comme décor par le cinéma et la télévision. Dès 1939, elle apparaît dans Les Voyages de Gulliver, puis dans des classiques comme La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock, où Cary Grant traverse le hall pour échapper à ses poursuivants. Plus tard, des blockbusters comme Superman, Men in Black, Madagascar ou encore The Avengers utilisent la gare comme toile de fond pour des scènes spectaculaires, renforçant son statut de symbole mondial de New York.
Pour le visiteur, reconnaître les lieux vus à l’écran ajoute une dimension ludique à la découverte du terminal. Vous pouvez vous amuser à retrouver l’endroit exact où un héros de cinéma a couru, combattu ou simplement attendu son train. Grand Central Terminal est ainsi devenue une sorte de plateau de tournage permanent, où la vie réelle et la fiction se superposent sans cesse. N’est-ce pas là une des raisons pour lesquelles cette gare fascine autant, même si vous ne prenez aucun train ?
Enfin, écrivains et poètes ont eux aussi contribué à nourrir le mythe de Grand Central. John Updike parlait d’une « cathédrale dédiée au mouvement », tandis que le poète Billy Collins évoquait la gare comme un lieu où des millions de destins se croisent furtivement. En levant les yeux vers la voûte étoilée ou en observant la foule depuis un balcon, vous ressentirez peut-être vous aussi cette impression d’être à la fois acteur et spectateur d’un gigantesque théâtre urbain. Grand Central Terminal, chef-d’œuvre d’architecture et de vie urbaine, continue ainsi d’inspirer, de rassembler et d’émerveiller, plus de cent ans après son inauguration.